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Le point sur l’économie circulaire en France et les startups qui agissent

Tous les ans en France, chaque habitant est responsable de la consommation de près de 10 tonnes de matière (N.B. : ce chiffre comme la plupart de ceux cités dans cet article provient des études de l’ADEME). Par suite, chaque habitant est à l’origine de 5t de déchets par an, les ordures dites ménagères représentant environ 500Kg par an et par habitant.

Le réemploi / la réutilisation des biens représente 940Kt (environ 15Kg par habitant et par an), soit seulement 10% des 9.3Mt de biens arrivant en fin de vie chaque année.

25% des déchets ménagers seront recyclés (en provenance pour moitié des circuits de recyclage, pour moitié des procédés de tri), 50% seront valorisés sous forme organique (ex. méthanisation, compost) ou via incinération avec récupération d’énergie ; enfin 25% seront stockés ou enfouis sans aucune forme de valorisation.

Les taux de recyclage varient sensiblement par gisement : 85%, pour le carton, 65% pour le verre et le métal, 20-25% pour le bois et le plastique.

Globalement, l’ADEME considère que le potentiel d’amélioration du recyclage est de x2 sur les emballages, le papier, le verre et x6 sur les bio-déchets.

En outre, des filières de déconditionnement adéquates permettent d’atteindre des taux de recyclage proche de 100% y.c. sur des produits complexes. Par exemples les équipements électroniques et électroménagers (valorisation à >95%), ou les produits alimentaires emballés (séparation des contenants et contenus, orientation vers les sous-filières adéquates).

A titre de repère, ~50% des 22kg de déchets D3E (électronique et électroménager) générés annuellement par chaque français sont déconditionnés et traités. Dans les pays nordiques, ce taux peut dépasser 90% (pour des quantités de déchets équivalents).

Concernant la réinjection dans les chaines d’approvisionnement, les taux de matière recyclée s’établissent déjà à 45-65% dans plusieurs filières : acier, métaux, papiers et cartons, verre. D’autres filières sont beaucoup plus en retrait, notamment le plastique (6%) et les granulats (7%), et représentent de très grands enjeux.

Quels leviers d’action ?

L’ADEME prévoit une hiérarchisation dans les leviers d’action (voir illustration ci-dessous) : il vaut mieux par exemple recycler les bouteilles en verre que les éliminer, mais il vaut encore mieux réutiliser une bouteille plusieurs fois (en la reremplissant) que de l’amener au recyclage.

Economie Circulaire
Hiérarchisation des leviers de l’économie circulaire selon l’ADEME, du plus au moins souhaitable (de haut en bas)

A noter que l’équation ne se résume pas qu’à la quantité de CO2 émise : plusieurs critères doivent être pris en compte (et peuvent parfois se concurrencer). On peut citer : épuisement des ressources minérales (ex : aluminium, terres rares), épuisement des ressources fossiles (pétrole), pollution et eutrophisation des eaux, génération de gaz à effet de serre, etc.

La classification qui suit permet de structurer les leviers d’action, selon qu’ils contribuent plutôt à réduire la pression sur les ressources en consommant moins / mieux / plus efficacement, ou plutôt à valoriser les déchets pour leur donner une seconde vie ou une utilité nouvelle.

startups économie circulaire

Eco-conception

C’est l’objectif d’être plus économe en énergie, ressources, émissions polluantes, aussi bien dans la construction que dans la vie des produits et services. Cela passe par exemple par la standardisation des pièces et des composants, qui permettra à son tour des options de réparation plus large et plus efficaces.

Cela passe également par des procédés qui tirent le meilleur parti des propriétés et qualités des matériaux (exemple de Naturadome: un habitat partiellement “enterré”, ce qui lui permet d’atteindre la norme HQE “Haute Qualité Environnementale”), ou par un emploi ingénieux et “au plus juste” de matériaux, tel le dispositif de filtrage des eaux industriel via du bambou de Pocheco (pas besoin d’eau potable ou d’emploi de produits chimiques).

Economie du partage / Economie de l’usage

Parmi les moteurs de cette économie figure une prise de conscience croissante que de nombreux biens détenus par les ménages sont sous-utilisés, parfois largement. Une perceuse, qui tournerait en moyenne dans sa vie moins de 10 minutes, en est un exemple.

La seconde vie des produits s’en trouve aussi optimisée, notamment dans l’économie de l’usage, car l’organisateur du service en conserve la propriété et peut organiser au mieux les opérations de réemploi / réutilisation. Certaines applications sont déjà largement établies : téléphones portables, voitures, mais aussi plus émergentes : meubles, vêtements.

Les économies du partage et de l’usage procurent généralement un gain économique à l’utilisateur, en plus de réduire la pression sur les ressources et la génération de déchets.

Les modèles peuvent prévoir le partage de biens (ex. : Mutum) ou de services (ex. : Sharevoisin), voire de compétences (ex. : les Talents d’Alphonse). Ils peuvent être à vocation commerciale (ex. : AlloVoisins, qui rémunère à la fois les utilisateurs et la plateforme) ou purement gratuit (ex. : Mutum, Association à but non lucratif, où ni les prêteurs ni la plateforme ne gagnent d’argent).

Une conséquence moins souhaitable est le risque de décroissance que ces nouveaux modèles peuvent faire planer sur les activités de commerce et de manufacture et in fine sur les emplois associés.

Néanmoins, la migration d’une économie linéaire à une économie circulaire, d’une économie de la possession à une économie du service, devrait faire émerger de nombreux besoins d’activité dans les secteurs secondaires et tertiaires (ex. filières de réparation et re-commercialisation, activité de services et de conseil sur “d’autres manières de consommer”). Des emplois pour l’essentiel non-délocalisables de surplus.

Réparation / remploi

Comme mentionné plus haut, seul env. 10% des biens arrivant en fin de vie chaque année sont réemployés ou revendus – éventuellement via une réparation – soit 940Kt (chiffres ADEME).

Le taux de réemploi / réutilisation en France est moyen en Europe (exemple de la réutilisation dans le monde des véhicules ; meilleur que l’Allemagne et le Royaume-Uni (4% et 2% resp.), mais moins bon que la Belgique, l’Italie ou l’Espagne (14%, 12%, 17% resp.).

Les réseaux de vente d’occasion représentent l’essentiel des volumes (750Kt), les réseaux caritatifs représentent 190Kt ; Les sites web sont désormais le premier canal de transit de l’occasion avec 270Kt.

Concernant la réparation, l’automobile est le premier secteur concerné avec plus de 70% du CA du secteur ; l’électronique brun / gris (téléphonie, ordinateurs) bénéficie également d’une filière de réparation développée. Les autres filières de réparation ont eu tendance à décroître au fil des dernières années du fait de l’abaissement du coût des produits neufs.

On observe cependant un renouveau des initiatives vouées à réparer ces biens (meubles, petit et gros électroménager, vêtements). On peut citer :

  • De nombreux ateliers / cafés réparations, tel le concept du Repair Café,
  • Des portails de contenu pour aider à l’auto diagnostic et à l’auto-réparation, ex. Commentreparer.com, www.spareka.fr, qui amènent en plus de l’expertise technique, un travail précieux de référencement des pièces de rechange ainsi que le référencement de leur inter compatibilité,
  • Des circuits intégrés de collecte  / reconditionnement / remise en circulation de biens d’occasion, tel le réseau ENVIE, le portail Backmarket, ou Recommerce.
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Recyclage / déconditionnement

Étant donné leur nature, les activités de recyclage (et plus généralement de valorisation des déchets) sont plutôt le domaine de groupes industriels capables d’investir des CAPEX importants dans les usines requises. Il existe toutefois des startups-PME qui parviennent à proposer des solutions pertinentes :

  • Moulinot : collecte / déconditionnement des déchets alimentaires et orientation vers des lombricompostage (env. 10000t de denrées traitées en 2018)
  • Dislaub : récupération et réutilisation de solvants industriels
  • Morphosis : extraction des métaux précieux
  • Sas-minimum : création de revêtements de sols par réutilisation de plastique repêché dans les océans

Le recyclage « total » de la filière plastique reste complexe (c’est-à-dire retour à l’état de matière première), notamment du fait du mélange fréquent des différentes matières plastiques dans les objets et emballage.

Cette filière a notamment vu un durcissement de la Chine vis-à-vis des normes d’importation des plastiques recyclés. Cet événement, qui pourrait être vu comme un coup d’arrêt à un débouché important du recyclage plastique, est vu par certains industriels français (ex. Environnement recycling) comme une opportunité de relocaliser cette activité en Europe.

Les filières de déconditionnement sont par ailleurs un point d’adhérence important avec l’économie sociale et solidaire, car elle met régulièrement à contribution des emplois adaptés, de réinsertion, aidés, etc.

Valorisation des déchets

Lorsque les déchets ne sont pas recyclables, ils peuvent encore être valorisés de différentes manières, avec là une hiérarchie préférée :

Valorisation matière

C’est le cas où le matériau est remployé pour un usage réel mais différent de son usage originel. Dans l’exemple de la filière matelas, si le reconditionnement complet de matelas est possible – c’est la proposition de www.ecomatelas.fr – plus de 90% des matériaux peuvent être séparés et remployés (par exemple les mousses de remplissage dans l’industrie du revêtement). C’est le service qu’offre  www.recyc-matelas.fr.

Un autre débouché important de la valorisation matière est fourni par le cas de la construction, qui est le premier générateur de déchets en France. De tous temps, les professionnels de la construction se sont organisés par créer des places d’échanges de ces matériaux. Par suite de nombreuses « marketplaces web » se sont créées, le plus souvent avec des périmètres locaux. On peut toutefois citer Hesus.eu, qui atteint maintenant un périmètre national voire internationale (dans l’organisation du service, les flux matières restant en général locaux)

Valorisation organique

Les matières organiques peuvent être valorisées de différentes façons ; on peut citer notamment les procédés de méthanisation visant à récupérer un gaz combustible, ou de compostage (et assimilés), visant à produire un engrais se substituant aux engrais industriels.

Les installations de méthanisation industrielles se sont fortement développées au cours des dernières décennies en France avec une quantité de déchets méthanisés multipliée par 8 (selon ADEME). Au-delà des opérateurs industriels, on voit également émerger des solutions de micro méthanisation telles que Enepro qui propose des solutions de méthanisation de proximité aux exploitants agricoles et petites agro-industries, ou Tryon Environnement, spécialisée dans le traitement de déchets de cuisine et de table (restauration collective ou de particuliers).

En ce qui concerne le compostage, le nombre d’installation en France est passé de ~200 centres en 2000 à plus de 580 en 2013, pour une quantité de déchets compostés qui à plus que doublée. Là encore, au-delà de capacité industrielle, de nombreuses startups brillent par leur créativité pour augmenter le taux de collecte et de valorisation des bio-déchets. On peut citer sans vocation d’exhaustivité :

  • Cocott’arium : poulailler urbain où les habitants y déposent leurs bio-déchets pour nourrir les poules, et y gagnent des œufs en retour
  • Upcycle : valorisation de bio-déchets en entreprise (collecte et valorisation des marcs de café, revaloriser les déchets via le composteur électromécanique Rocket, mise en place de potagers urbains & de culture indoor)
  • La tricyclerie : Récupérer les déchets alimentaires des restaurateurs à vélo afin de faire du compost et de les revendre aux agriculteurs
  • Et bien d’autres…

Enfouissement sans valorisation

C’est l’alternative la moins souhaitable, en particulier pour les déchets organiques. En effet les déchets organiques qui se retrouvent enfouis génèrent des quantités importantes de méthanes, gaz dont le pouvoir d’effet de serre est 20x plus important que celui du CO2, et ont donc un impact très négatif sur le réchauffement climatique.

A noter que l’enfouissement des bio-déchets des gros producteurs est interdit depuis le 1/1/2012 et le sera pour tous les particuliers à compter du 1/1/2025.

A noter globalement qu’un traitement plus élaboré des déchets a en principe une incidence bénéfique importante sur l’emploi local – avec un facteur de 1 à 50 selon les cas, d’après les calculs de l’ADEME :

Economie circulaire
Emplois mobilisés par les différentes stratégies de traitement des déchets et biens en fin de vie (source ADEME)

Les acteurs et partie-prenantes, les modèles économiques

La typologie des acteurs présents dans l’économie circulaire est plus large que dans d’autres pans de l’économie ; au-delà des traditionnelles PME et grands groupes, l’état, les pouvoirs publics, les collectivités territoriales mais aussi les associations jouent de rôles importants.

Cette diversité se retrouve également en filigrane dans les modèles économiques des acteurs de tout taille, que ce soit à travers le financement par les collectivités des opérations de collecte, de valorisation, de recyclage, aussi bien qu’à travers les dispositifs publics d’emplois aidés, qui autorisent l’équilibre économique de filières très consommatrices de ressources comme les filières de déconditionnement.

En retours, les grands acteurs industriels (Véolia, Suez, Derichbourg, ou l’acteur public Syctom pour l’île de France…) investissent des moyens importants dans des centres industriels de pointe qui « mettent à jour » de nouveaux débouchés de recyclage et valorisation, par exemple sur les mélanges de plastique (par exemple depuis le 1er janvier 2019 à Paris, les consignes de tri pour le recyclage des emballages ont été considérablement élargies grâce à l’amélioration d’usines de tri telles que celle-ci.

Dans cet univers économique quelque peu spécifique, les startups ont plus que jamais un rôle de créativité important à jouer ; créativité dans les produits et services, créativité des procédés pour contourner des besoins d’investissement trop lourds, créativité des modèles économiques, etc.

L’économie circulaire est plus que jamais au cœur des préoccupations de nombreux acteurs très divers : publics ou privés, ménages ou acteurs économiques. Elle évolue à la frontière de l’économie sociale et solidaire, avec qui elle partage de nombreux principes ; il est important de souligner toutefois que par bien des aspects également l’économie circulaire se compare sans complexe à l’économie traditionnelle.

La plupart des leviers de cette économie jouent favorablement sur la relocalisation de la valeur ajoutée sur le territoire national (c.f. activité de tri, réparation, réemploi, dé- et reconditionnement) : en cela l’économie circulaire peut être vue comme un vecteur de pérennité majeur pour l’économie Française dans les décennies à venir.

Dans un environnement économique très divers, les startups ont un vrai rôle à jouer par l’apport d’une créativité multiforme (notamment sur les modèles économiques), ainsi que sur l’opération d’activités de réparation / réemploi / partage à toutes les échelles de l’économie. On note que les startups sont en général très réactives à l’apparition de nouvelles contraintes réglementaires (ex. : interdiction future des polystyrènes et certains plastiques), mais peuvent également être freinées juridiquement dans l’exploration de nouveaux débouchés (ex. : technologie de déshydratation des bio-déchets dont le produit est toujours considéré – à titre conservatoire – comme un déchet).

Parmi les grands chantiers, les bio-déchets restent une filière sous-exploitée en France, en comparaison de matériaux tels que le carton, le verre, le métal, ou même le plastique ; cela représente un important filon de développement, aussi bien qu’un enjeu de développement durable.

Et en ces périodes de vœux et de bonnes résolutions : une initiative comme le challenge “Riendeneuf” lancé par l’ONG Zero Waste permettront de commencer (ou continuer) de mettre en application une large palette des leviers exposés ci-dessus.

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