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Panorama de la Blue Tech Partie 2/2 : l’indispensable émergence du Green Maritime

Aujourd’hui, le transport maritime représente 3% des émissions de gaz à effet de serre (GES), demain les analyses parlent de 20% si rien n’est entrepris. Sur le plan réglementaire des mesures ont été prises avec la réglementation Low Sulfur 2020, visant un seuil de moins de 0,5% de soufre dans les émissions. La profession est ainsi poussée à s’adapter en utilisant de nouvelles énergies et technologies. 

DES PISTES MULTIPLE POUR RÉDUIRE LA CONSOMMATION EN CARBURANT DES NAVIRES

Le Gaz Naturel Liquéfié est perçu comme une opportunité viable, notamment pour se conformer à la nouvelle législation de l’OMI sur les émissions de soufre, le GNL permettant de réduire de 20% la consommation de CO2. Témoignant de l’intérêt que porte les sociétés de transport à cette alternative, la CMA-CGM a récemment annoncé la commande d’une quinzaine de porte-conteneurs propulsés au GNL.

La propulsion à hydrogène (gaz “propre”) est une autre piste vers la décarbonisation de l’industrie maritime. On peut ainsi noter les avancées en la matière de DCNS, qui font échos aux démarches d’Energy Observer.

Dans la même volonté de réduction de l’usage d’énergie d’origine fossile, l’analyse des courants marins, véritable tapis roulant naturel, est une des pistes envisagées par la start-up eOdyn. Cette dernière utilise le machine learning pour exploiter les données issues des AIS (boîte noire des navires marchands) et permettre une cartographie des courants 50 fois plus précises. Une technologie qui permet par exemple à un armateur comme la CMA-CGM de réduire de 5% ses dépenses de carburant.

En surface, l’utilisation du vent est également une source d’énergie propre. Ainsi Airbus travaille avec la start-up Airseas qui développe des ailes de Kite géantes permettant de tracter les navires de commerce, pour permettre de réduire jusqu’à 20% de la consommation en carburant. Zéphyr et Borée, quant à eux, cherche à intégrer des voiles inspirées du monde de la course permettant de réduire jusqu’à 50% la consommation en carburant du navire. Le projet le plus aboutis dans ce domaine semble être celui de Neoline, qui vient d’enregistrer la commande de ses deux premiers navires. 

Une autre piste, l’utilisation des foils – ces spatules qui ont révolutionnées la voile sportive en faisant “voler” les bateaux – reste quant à elle une chimère pour le commerce maritime. La principale difficulté étant d’amener ces navires à une vitesse suffisante pour se porter tout en tenant la mer. La perspective d’utiliser cette innovation pour le transport de personnes est en revanche beaucoup plus réaliste. Ferry boats, taxi boats et transports fluviaux concernent en effet des tonnages moins importants dans des environnements plus calmes. S’appuyant sur une expertise en aérodynamisme, c’est encore un industriel de l’aéronautique qui a montré la voie en la matière avec l’Hydrofoil B929 lancé par Boeing en 1976. 

Plus proche de nous, le français Seabubbles vise la mobilité fluviale urbaine des personnes en proposant des taxis sur foils 100% électriques. Ces bulles flottantes sont déjà visibles à Genève et visent demain San-Francisco et Dubaï.

Pour synthétiser, l’ensemble de ces innovations d’accessoirisation du navire permettront de réduire de 20% les GES. Elles sont donc nécessaires, mais l’accent doit être mis sur l’utilisation des énergies à bord des bateaux, aujourd’hui le GNL, demain l’hydrogène ou encore l’ammoniaque. Ainsi, dans les 20 prochaines années ces navires seront amenés à plus changer que lors des cents dernières.

PAS ENCORE INSCRIT SUR LA PLATEFORME DU HUB ?

L’AVENIR, UNE LUTTE ÉPIQUE CONTRE LE PLASTIQUE

Loin des mégalopoles et des rivages peuplées, un autre enjeu environnemental motive les entrepreneurs : le 7e continent, aussi appelé “continent de plastique”, et véritable challenge pour l’écologie mondiale. Flottant dans le Pacifique Nord, il est l’expression la plus visible de la pollution plastique des espaces maritimes. En parallèle des mesures prises de réductions du plastique à terre, se joue donc en mer une autre bataille : celle de faire disparaître ce continent indésirable tout en parvenant à en tirer un bénéfice. À ce jour, le projet le plus aboutis reste Ocean Cleanup qui veut récupérer 50% des déchets plastiques du 7ème continent en installant des barrières filtrantes flottantes. Un premier déploiement est prévu pour 2020. Une initiative très encourageante, même si elle ne capte que les déchets visibles à l’oeil nu, soit la face immergée de l’iceberg puisque le plastique menace aussi les écosystèmes sous la forme de microparticules.

Originaire de France, Plastic Odyssey s’est fait remarquer en utilisant les déchets plastiques des océans pour les transformer en carburant via une technologie de pyrolyse (combustion sans oxygène). À terme, l’idée du projet est de donner accès à cette low-tech à des populations côtières directement exposées à cette pollution.

Enfin, Bioceanor propose une solution de station météo sous-marine utilisant IoT et Machine Learning pour mesurer et prédire le taux de pollution de l’eau. Ses applications allant de l’aquaculture au suivi de l’impact environnemental d’un port.

Nourrir les populations, enjeu de la croissance bleue

Si 60% de la population mondiale a toujours vécu à moins de 60 kilomètres du littoral, c’est bien pour une seule et même raison : l’océan représente un vivier de protéines naturelles immensément riche.

En effet, les eaux fournissent de quoi alimenter 1/5ème de l’humanité. Aujourd’hui avec les problèmes de surpopulation vient celui de la surpêche : la population aquatique diminue drastiquement. Quelles solutions réalistes pour endiguer ce dépeuplement ? 

L’un des principaux enjeux de la pêche réside en la sélectivité des espèces pêchées. Jusqu’à 25% des poissons pris dans les filets ne sont pas “utilisés” par la suite, ce qui représente chaque année environ 27 millions de tonnes de gâchis. SafetyNet s’est donné pour mission de réduire cet impact en intégrant des nasses lumineuses aux filets: chaque espèce réagissant différemment aux ondes elles seront donc soit attirées soit éloignées du chalut.

Pour compléter la chaîne de valeur de la pêche, la marketplace ProcSea a permis d’immenses progrès sur les circuits courts de distribution. Elle digitalise et supprime le maximum d’intermédiaires favorisant ainsi la transparence pour l’acheteur et l’accès à une multitude de clients pour le producteur.

L’aquaculture est également touchée par des innovations pouvant lui permettre d’effectuer des gains de productivité et d’efficacité. Ainsi, la start-up Aquabyte intègre du Machine Learning basé sur de l’analyse vidéo pour prédire la population de poisson au sein des bassins et est aussi capable d’analyser la contamination à la “sea lice” (maladie due aux poux de mer) et la consommation future de nourriture.

Dans un autre registre, Agriloops a développé une technologie d’aquaculture liée à de l’aquaponie  qui permet d’élever des gambas en France, sans antibiotique en utilisant leurs effluents pour produire des légumes tout en gardant la saveur.

Enfin, le mouvement vegan n’est pas en reste, car l’équivalent d’Impossible Foods existe côté poisson avec Finless Food qui reproduit ces aliments en élevant des cellules animales en laboratoire. En parallèle, BlueNalo développe le même type de produit en aquaculture. 

Seul 2,5% de l’eau sur terre est potable quand 71% de sa surface est liquide. Nombreuses sont les initiatives menées pour accélérer le cycle de l’eau : des usines de désalinisation de l’eau de mer ont notamment fleuri au Moyen-Orient et dans les pays en stress hydrique grâce au recours à la technique de l’osmose inverse. 

Aujourd’hui la start-up Ocean Freshwater équipe des navires d’usines de désalinisation permettant de puiser l’eau à 300 mètres de profondeur (là où elle est la plus pure), de la traiter grâce à l’énergie du bateau puis la mettre en bouteille et la livrer directement dans le port désiré. Produire cette eau en mouvement permet de diluer la concentration de sel quand les usines statiques le relâchent toujours au même endroit ce qui déstabilise l’environnement.

En conclusion, il nous faut dire que, dans l’ensemble, aucune de ces solutions ne semble avoir atteint une taille suffisante pour devenir le porte-étendard de la Blue Tech. Autrement dit, aucun projet n’a pour l’instant su passer à une échelle suffisante pour entraîner l’ensemble d’une filière avec lui, et ce malgré la multitude et l’importance des sujets touchés: de l’écologie au transport en passant par l’énergie ou le traitement de l’eau potable. Mais justement, la Blue Tech étant pluridisciplinaire par essence, elle peut intégrer des technologies variées à des champs d’applications diverses et représente ainsi un vivier d’innovation certain.

Pour favoriser cet essor il est primordial de promouvoir un modèle d’accompagnement efficace de ces acteurs, que ce soit au travers de moyens financiers ou opérationnels. Le Portugal a ainsi lancé, sur une initiative gouvernementale, Bluetech Accelerator. Notons également l’accélérateur de la filière Pêche Fishing-Tech, qui vise à favoriser l’émergence de nouveaux pionniers dans les technologies liées à la pêche. En France, la CMA-CGM avec ZeBox ou de The Camp à Aix-en-Provence, travaillent sur des sujets de prospectives du monde maritime. Une tendance de fond donc, qui devrait s’accélérer car, rappelons le, la France possède le 2ème domaine maritime et le 1er domaine sous-maritime du monde ! Un atout évident dans la course à la croissance bleue.

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